Le Web mobile va prendre sa revanche sur les applications pour smartphones

Lundi, août 23, 2010
By mobivergence

Les Smartphones, véritables mini-ordinateurs plutôt que simples téléphones, ont popularisé la notion d’applications mobiles. Mais celles-ci présentent de nombreux inconvénients pour les utilisateurs. Avec la généralisation de navigateurs de bonne qualité sur les smartphones, la consultation du Web depuis les mobiles est appelée à se développer.

Le web mobile serait-il distancé par les applications mobiles ? Depuis quelques mois, chacun s’habitue à quelque chose qu’on croyait jusqu’alors réservé au domaine du fantasme : installer une application sur son téléphone. Tout a commencé avec l’iPhone d’Apple, suivi par les autres constructeurs, notamment Palm, Samsung et ceux qui utilisent le système d’exploitation Android de Google.

Quand on y pense, cela n’est pas si étonnant. Après tout, nos téléphones haut de gamme sont des « smartphones », c’est-à-dire des ordinateurs de poche connectés à Internet. La Commission générale de terminologie et de néologie ne s’est pas trompée en traduisant « smartphone » par « ordiphone », et qui dit ordinateur personnel dit logiciel qu’on peut installer, comme on peut le faire sur un PC.

De même, on peut utiliser son smartphone pour surfer sur le Web – pardonnez-moi – son ordiphone pour naviguer sur la toile. A l’usage, on se rend compte qu’avec la taille limitée des écrans et des claviers, la navigation n’est pas aussi facile que sur un ordinateur de bureau, surtout quand il s’agit de chercher une information dans une grande page ou d’utiliser une application Web. C’est là que les applications pour smartphones se distinguent : elles présentent l’avantage d’avoir été pensées pour un modèle de téléphone particulier (en prenant donc en compte ses limitations) et pour un usage en situation de mobilité. Les applications créées spécifiquement pour les téléphones sont donc généralement plus pratiques qu’un site Web ordinaire utilisé depuis un ordiphone. Faut-il pour autant considérer le Web mobile comme étant sans avenir ? Loin s’en faut !

Les avantages du Web mobile

L’avènement des applications natives pour téléphones n’est pas sans inconvénients, autant pour les utilisateurs que pour les industriels. En effet, même si on peut changer de téléphone assez fréquemment, on se retrouve vite coincé par l’investissement réalisé dans les applications payantes : les applications iPhone ne tourneront pas sur Android et réciproquement. Pour les marques qui veulent proposer des applications natives, le fait que les plateformes soient incompatibles entre elles se traduit par un coût très important, puisqu’il faut développer de multiples versions pour toucher tout le monde ou presque.

Les applications Web, elles, ne sont pas limitées à telle ou telle marque de téléphone ; elles requièrent juste un navigateur de qualité correcte pour fonctionner. Il y a trois ans, disposer d’un navigateur moderne sur un smartphone était encore rare, mais la situation est en train de changer. L’iPhone (encore lui) a donné l’impulsion, suivi de près par Android. Dans peu de temps, compte tenu de l’évolution des navigateurs mobiles et du renouvellement fréquent du matériel (avec toutefois les problèmes écologiques que cela pose), les smartphones seront tous équipés ou presque d’un navigateur Web digne de ce nom, ce qui rendra les applications Web concurrentielles par rapport aux applications natives.

Les utilisateurs y trouveront des applications de meilleure qualité, indépendantes de la marque du mobile (donc ne les forçant pas à rester fidèle à une marque). Les entreprises y gagneront un moyen de réduire les coûts de développement permettant d’exposer leurs services sur mobiles. Tout le monde donc, à part une poignée de fabricants de mobiles, se félicitera de la victoire du Web mobile sur les applications natives limitées à une seule marque de smartphone.


La fin de la censure sur les magasins applicatifs

Mais l’intérêt du Web ouvert mobile par rapport aux applications natives tient aussi à un détail qu’on semble trop souvent oublier : la censure trop souvent arbitraire faite par les fabricants de mobiles via leurs AppStores (ou magasins applicatifs). Ainsi, on a vu Apple refuser l’application d’un caricaturiste sous prétexte qu’elle présentait des personnes connues sous un angle défavorable ! Certaines applications à vocation politique ont été elles aussi refusées. Idem pour des applications innovantes, sous prétexte qu’elles pouvaient entrer en concurrence avec une future offre maison. Autant on ne regrettera pas l’absence de pornographie sur l’iPhone, autant on pourra se demander si Apple autoriserait le musée d’Orsay à publier un catalogue contenant une reproduction du tableau de Gustave Courbet, L’origine du monde. La question de fond qui se pose, au-delà des aspects pratiques et financiers de la concurrence entre applications Web et applications natives, c’est celui de la société numérique que l’on veut bâtir : un monde aseptisé ou un monde vivant, permettant le débat, la polémique, la réflexion et l’innovation ? Faut-il laisser un fabricant de matériel téléphonique, aussi doué soit-il, décider pour nous quels aspects de la politique, de la caricature, de l’innovation sont bons, et lesquels sont néfastes ?

Le Web, par sa nature ouverte et participative, a permis un énorme bond en avant pour la société, tant d’un point de vue économique que social (accès à l’information, au savoir, à l’innovation distribuée). Alors que nous utilisons de plus en plus les ordiphones au quotidien, il ne faudrait pas laisser au bord de la route la liberté que le Web nous a apporté.

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Source : solutionsauxentreprises.lemonde.fr

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