Comment Microsoft a raté jusqu’ici le virage des mobiles
Apple vient de dépasser Microsoft en termes de capitalisation boursière. La sanction, pour l’éditeur, d’un virage manqué vers les terminaux mobiles.
« Smartphones », tablettes, ces terminaux mobiles sont, à l’évidence, l’avenir de l’informatique communicante. Dans moins de cinq ans, les analystes prévoient qu’ils seront même plus nombreux à se connecter à Internet que les ordinateurs de bureau traditionnels. Déjà , ces terminaux concentrent l’essentiel des ressources innovantes de l’industrie micro-informatique et leurs futures fonctionnalités promettent de changer nos modes de vie.
Pour autant, si tout le monde voit le déplacement stratégique de l’informatique personnelle vers la mobilité, il est moins aisé de comprendre pourquoi Microsoft semble incapable d’y jouer un rôle déterminant.
Ce n’est pourtant pas faute d’essayer. Dès le mois de novembre 2002, Steve Ballmer, à peine installé dans le fauteuil de Bill Gates, lançait un « PC tablet »… qui ne connut qu’un succès d’estime. Depuis, l’éditeur a lancé d’autres mobiles, comme le Zune (un « smartphone » qui n’a jamais dépassé les frontières de l’Amérique) et développé des systèmes d’exploitation pour ces terminaux. Mais sans parvenir à les imposer à une majorité de fabricants. Au contraire, c’est la marginalisation qui les menace : selon la firme d’analystes Gartner, les « smartphones » équipés du système d’exploitation de Microsoft représenteraient aujourd’hui moins de 7 % du marché global contre 10,2 % il y a un an.
Par ailleurs, alors que le marché des tablettes semble enfin devoir décoller, Microsoft y perd ses deux plus fidèles alliés dans la micro-informatique. Hewlett-Packard, qui vient de s’emparer du pionnier Palm, a indiqué que c’est le système d’exploitation de sa nouvelle acquisition, le WebOS, qui sera utilisé pour ses prochaines gammes de terminaux mobiles, notamment sa tablette Slate. Et donc pas celui de Microsoft. Quant à Dell, il vient tout juste de faire le choix du Chrome OS de… Google pour son Streak, un terminal à mi-chemin entre « smartphone » et tablette, qui sera commercialisé cet été.
Face à ces rebuffades, Microsoft aurait les moyens de jouer sa carte personnelle et lancer ses propres terminaux mobiles, comme il l’a déjà fait. Cela n’en prend pourtant pas le chemin. Il vient de renoncer à commercialiser un prototype prometteur, le Courier, un ordinateur tablette muni de deux écrans réunis comme s’il s’agissait de deux pages d’un livre ouvert.
Signe que l’heure est grave, Steve Ballmer a décidé de reprendre sous sa responsabilité directe la division des terminaux grand public, en se séparant brutalement de ses responsables – dont l’un des vétérans, Robbie Bach, à l’origine de la Xbox. Une réorganisation complète de cette division est en cours. Mais n’est-il pas trop tard ? Pour avoir trop longtemps considéré qu’un terminal mobile communicant n’était rien d’autre qu’un petit PC sous Windows, Microsoft s’est progressivement décrédibilisé auprès de nombreux fabricants de terminaux. Malgré ses qualités, Windows 7 ne sera jamais aussi adapté qu’il le faudrait aux modes de fonctionnement induits par une manipulation tactile. Certes, le nouveau Windows Phone 7 (le mot « Windows » est probablement de trop dans ce nom) est en route. Mais il ne sera pas disponible avant la fin de l’année, ce qui offre un boulevard à Apple, Google et les autres pour continuer à lancer de nouveaux appareils et occuper un peu plus le marché.
Et encore, rien ne garantit que, même s’il se montre très performant, ce système sera rapidement adopté par les fabricants de « smartphones » et tablettes. Au mieux, ils l’intégreront dans une offre déjà pléthorique. Du fait de ses échecs précédents et de la nature de ces marchés émergents, Microsoft n’a de toutes les façons pas les moyens de leur imposer ses conditions habituelles (achats de licence élevés, exclusivité, etc.).
C’est la deuxième erreur de Microsoft de n’avoir pas mieux « senti » la nature de ces marchés. Ils sont guidés essentiellement par le consommateur final, qui choisit vraiment un produit pour ses qualités intrinsèques. Par opposition à un environnement professionnel dans lequel on vend, en masse, des licences sans que l’utilisateur ait réellement son mot à dire.
Le paradoxe de cette incapacité à comprendre ces nouveaux marchés est d’autant plus frappant que Microsoft a su, dans un autre domaine, appliquer les recettes qui marchent. En cinq ans, l’éditeur a vendu 40 millions de Xbox – sur un marché pourtant très concurrentiel avec Nintendo et Sony -en écoutant les consommateurs et, surtout, en parvenant, comme Apple, à bâtir un véritable écosystème applicatif autour d’un hardware innovant.
Qu’il ait ou non choisi d’appliquer la même formule aux terminaux légers, c’est maintenant l’heure de vérité pour Steve Ballmer. En décidant de se placer dans le « driver seat », il n’a d’autre choix que de faire rapidement de Microsoft un rival sérieux pour Apple et les autres. Sinon, il pourrait bien y laisser son poste de « chief executive officer »…
Source : lesechos.fr
